La façon dont Trump vient de fêter ses 80 ans nous concerne directement. C’est le véritable évènement de la semaine. Bien plus que l’annonce d’une paix incertaine entre les US et l’Iran.
J’exagère ?
80 ans de Trump, 250 ans d’USA
Regardons les faits... :
Face à la Maison Blanche mais dressé plus haut qu’elle, un dôme de 60O tonnes baptisé the Claw (ce qui peut se traduire par “griffe” ou “serre”).
Sous le dôme et dans une cage des combattants de Mixed Martial Arts, mélange de sports de combats dans lequel presque tous les coups sont permis... sauf les morsures, les crachats et les coups de boule. Ça saigne.
Le spectacle permet de faire de la pub à des entreprises dans lesquelles Trump et les siens ont des sous. Il est, en outre, sensé lancer les cérémonies du 250ème anniversaire de la création des États-Unis.
Outre le gouvernement et la famille royale, le public est largement composé de militaires qui exultent derrière leur ministre de la guerre.
Premier paradoxe, ironique, à la différence de leur hôte, les praticiens du sport en cage acceptent la défaite... je ne dirai pas “comme des hommes”.
Des médailles commémoratives à l’effigie de Trump sont en vente pour 12.OOO dollars.
Force, brutalité, violence sont à l’honneur. Les rois sont dépassés, on revient au “vae victis” des empereurs romains.
Malheur aux vaincus.
Comme un gamin qui refuse l’âge, le vieux président a fait venir son cirque préféré pour son anniversaire. Les clowns sanglants en semblent plus conscients que lui.
Assez de ce spectacle grotesque.
Mais sa symbolique éclaire le monde trumpien dans lequel nous nous engageons à la légère sans en être conscients. Un monde fait de violence et de brutalité croissante comme les agressions contre le personnel de santé, entre autres manifestations.
Boycott du cinéaste Nadav Lapid
Il permet de mettre le boycott du cinéaste israélien Nadav Lapid dans sa perspective la plus importante, la montée de l’intolérance, des diktats et des interdictions.
Faits : ils sont connus, je vais vite
Nadav Lapid est un cinéaste israélien tellement opposé au gouvernement de Netanyahu qu’il s’est exilé en France d’où il a réalisé Oui un film très critique. L’Europe lui ayant refusé une participation (12%) au financement il a accepté l’argent d’un organisme israélien (étatique mais non gouvernemental). Argument avancé par une partie de la gauche française pour s’opposer à sa participation au Festival de Cinéma de Marseille où il devait d’abord faire partie du jury puis donner une master class avant de renoncer à tout.
Réactions :
La crème du monde culturel français s’oppose à cette interdiction en invoquant une “assignation identitaire” (”le fait de renvoyer l’individu à une identité figée, en lui attribuant des caractéristiques censées être celles de son groupe d’appartenance réel ou supposé“), un “échec intellectuel”, une persécution réduite à la possession d’un passeport. Une chroniqueuse du New York Times écrit que les gauchistes le condamnent mais que tout le monde devrait voir le film.
Les arguments de ceux qui s’opposent à Israël valent pour une partie non négligeable de la population : il est indispensable de boycotter, de ne pas laisser s’exprimer un pays dont le gouvernement tue et détruit sans pitié à Gaza, au Liban, en Iran et pas seulement. Le plus grand promoteur de la violence trumpienne.
Mise en relations :
Les sympathisants ou militants de LFI ne s’en rendent sans doute pas tous compte mais ils sont devant un redoutable paradoxe, dogmatique celui-ci. Leur leader et leur parti font une grande et juste place à l’agonisme qui veut (pour simplifier) que si l’antagonisme est le champ même de la politique, il est possible de le dépasser en acceptant de dialoguer avec l’autre. Malgré cela ils interdisent de tribune... un adversaire de leur ennemi. Un comble. De Chantal Mouffe (agonisme) à Édouard Glissant (créolisation), ils ont des références idéologiques riches en ouvertures. Dommage qu’ils n’en tiennent pas mieux compte.
Il y a pire : Quelle que soit la valeur de leurs arguments, leur façon de les défendre les plonge dans la logique trumpienne d’augmentation de la violence sous toutes ses formes, comme l’a montré l’implacable jeu du cirque de dimanche.
Signal d’alarme
J’y vois un signal d’alarme.
La vision du monde de ces autocrates brutaux et mafieux qui nous gouvernent gagne du terrain.
Les combattre, sur tous les terrains est une urgence.
Il faut souvent, toujours, affronter l’adversaire. Mais lui fermer le bec par la force me semble une mauvaise faiblesse. Pas encore un crime, mais une erreur. De cible, en l’occurence, et de méthode.
Apprenons à lutter et dialoguer, pas “en même temps”, mais dans la même stratégie...
PS - Au moment de mettre ce billet en ligne, je découvre un article de Marc-Olivier Behrer publié sur le site du Monde.fr le mercredi 17 juin Dans l’Amérique polarisée de Donald Trump, l’empathie fait l’unité contre elle. Sous un tout autre angle, il apporte de l’eau à ce moulin qui s’emballe en montrant comment l’extrême droite s’en prend à cette faculté de comprendre et ressentir ce sentiment qu’éprouvent les autres. Jadis de bon ton elle est maintenant vue comme “suicidaire”, “toxique” et propre aux femmes, coupables de “trop grande compassion”. Ce qui justifierait, selon certains catholiques qu’elles ne soient pas ordonnées prêtre. Que ne vont-ils pas chercher?
Pas mon souci principal, mais tous ces gens veulent nous manger la tête et pourraient bien y arriver...



