Plus de “révélations”
Moins d’informations
Pour une approche relationnelle de l’actu
Bonjour,
Heureux de vous retrouver.
Me revoici… émergeant du fossé. Enfin !
Des demandes d’excuses, d’abord, pour le long silence. Outre les petits soucis personnels qui se glissent sans demander la permission, la sidération face à l’actu m’a rendu paralysé - le comble pour un rédacteur - et j’avais besoin de comprendre pourquoi. J’ai pris mon temps.
Vous êtes peut-être passés par là. Je vous souhaite d’avoir démêlé l’écheveau plus vite que moi.
Défi personnel : je n’ai pas arrêté de me demander à quoi peut bien servir un vieux journaliste dans un moment où tout change. Un ancien qui a subi aussi bien les mensonges des révolutionnaires, vite staliniens, que le discours intéressé des responsables marketing des grosses boites de la tech.
Peut-être, tout simplement à partager son expérience pour aider à mieux suivre le redoutable spectacle en cours.
Essayons voir avec un sujet qui peut paraître anodin mais que je trouve révélateur.

Plus de “révélations”
En février 2026 Trump annonce sur son Facebook perso, TruthSocial, qu’il a donné l’ordre à son Ministre de la Guerre de publier des “dossiers gouvernementaux relatifs à la vie extraterrestre, aux phénomènes aériens non identifiés (UAP) et aux objets volants non identifiés (OVNI)“. L’initiative s’appelle PURSUE, Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters. “Unsealing“ peut indiquer le fait d’“enlever un sceau” comme dans une lettre cachetée de l’ancien temps, mais cache très mal son odeur de bénitier associée aux religions “révélées”. Un signe de plus que le bonhomme continue de se prendre pour un dieu.
Les images publiées en deux temps - 6 et 22 mai - sont soumises à un glissement sémantique tellement discret (habile?) que les médias y semblent totalement insensibles alors qu’il est essentiel pour comprendre le mécanisme. Intentionnel ou pas, peu importe. Seul le résultat compte.
En fait, l’existence d’”objets”, même non-identifiés, n’a rien à voir avec celle de phénomènes “aériens”, encore moins quand ceux-ci deviennent “anormaux”, terme finalement retenu. Nous avons maintenant affaire à des “phénomènes anormaux non-identifiés”. Coquetterie administrative ou gouffre sémantique ? Je penche pour la seconde interprétation. Remplacer “objet” par “phénomène” et “volant” par “anormal” nous fait passer de la suggestion d’un engin physique (soucoupe) à celle d’une manifestation qui peut être optique, météorologique, ou technologique.
Pourquoi y vois-je un problème?
Parce qu’un trop grand nombre de gens et de médias sautent à pied joints sur la conclusion la plus excitante : l’existence “prouvée” de civilisations extra-terrestres alors que la communauté scientifique, et le Pentagone lui-même se contentent de reconnaître aujourd’hui la “vraisemblance” de l’existence de vie sur d’autres planètes dans et hors de notre galaxie.
La question de la vie extraterrestre est scientifiquement ouverte et légitime. La certitude que “c’est prouvé” ne l’est pas. D’autant moins qu’il faut distinguer entre la vie exobiologique (des bactéries sur une exoplanète, probabilité statistique très haute) et la visite de technologies extraterrestres sur Terre (probabilité jugée infime par les mêmes scientifiques).
Un entretien avec Spielberg publié par LeMonde.fr le 7 juin illustre bien l’importance de ces bien plus que “nuances” et l’intérêt, dans certains cas, d’entretenir la confusion.
Le cinéaste y annonce la sortie de son prochain film Disclosure Day, Le jour de la divulgation ou, mieux encore, de la révélation qui colle parfaitement (le hasard ?) avec le terme “unsealing” utilisé par Trump dont une des traductions est précisément “révélation”.
Le réalisateur de Rencontre du troisième type et de E.T., l’extra terrestre est très clair quand il déclare :”Un véritable disclosure day consisterait à nous révéler une vérité cachée depuis au moins huit décennies. Un véritable disclosure day signifie nous annoncer qu’« ils » sont là, et ont été présents depuis plusieurs générations.”
Auteur de fiction il n’y prétend donc pas. Mais comment se passer d’un tel attrape couillon quand on veut attirer les spectateurs en grand nombre? C’est sans doute pour cela qu’il affirme s’être mis au travail sur son dernier film à la suite d’une audition de la Chambre des représentants sur la “connaissance des OVNIS” dont il dit que “rien ne [lui] échappe”. Notamment le fait que ça passionne les foules sans qu’on aie la preuve de leur existence...
Moins d’informations

Nous faire prendre des vessies pour des lanternes - pardon, des anomalies pour des objets - ne suffit pas au maître de la Maison Blanche dont la couleur virginale n’a jamais été autant usurpée. Supprimer carrément les infos ou, mieux encore, leur source est encore plus efficace.
C’est ce que l’administration est en train de faire en retirant les installations de l’Initiative des observatoires océaniques, lancée en 2016 pour 30 ans et qui “repose sur plus de 900 instruments répartis au large des Etats-Unis et en mer d’Irminger, entre le Groenland et l’Islande”, informe Le Monde. Une mesure qui entraîne “la fragilisation du système mondial d’observation des océans, dont les Etats-Unis constituent la principale cheville ouvrière”.
C’est un peu comme si Staline, au lieu d’éliminer ses alliés des photos sur lesquelles ils apparaissaient avait supprimé les appareils photo. Il y a peut-être pensé. Trump le fait.
N’est-il pas fabuleux que l’homme aux cheveux orange (je ne sais plus si c’est encore d’actualité) nous empêche de disposer d’informations sur l’évolution des océans qui jouent un rôle clé dans la crise climatique au moment même où il invite à regarder notre univers stellaire en mélangeant tout pour nous empêcher de le comprendre?
Pour une approche relationnelle de l’actu
Que tout ceci soit orchestré ou pas, au fond, importe peu. L’effet est là. La “ferveur ufologique” (j’ai trouvé ça en utilisant Gemini qu’un vieux journaliste peut utiliser aussi, ;-)) est une arme de distraction massive.
Mais nous pouvons lutter contre les manips, y résister comme je vous y invitais dans ma dernière chronique.
Ce que je vous propose d’utiliser en fait, c’est une méthode (existante mais insuffisamment pratiquée) qui s’intéresse moins aux faits, de plus en plus falsifiables, et plus aux relations que nous pouvons tou.te.s établir et dont nous pouvons débattre pour mieux comprendre.
J’y reviens bientôt...

