Résistons-leur ! ≈084
L’hégémonie américaine est indiscutable. Ne nous contentons pas de la constater, d’en tenir compte, de négocier face à la raison du plus puissant. Il est urgent d’y résister.
Silence
Hégémonie
Résistance
Je ne crois pas être le seul à me retrouver sans voix, sans pensée claire face à l’énormité de ce qui se passe depuis l’attaque israélo-américaine contre l’Iran et le Liban, après l’enlèvement du vénézuélien Maduro et en attendant Cuba, entre autres.
Sidéré, avec plus de questions que de réponses et moins d’expertise que vos médias préférés n’en réunissent tous les jours, tous les soirs.
Quand on n’a rien à dire, autant se taire.
Certes. Mais le silence ne peut durer.
Silence
Je suis profondément convaincu, depuis plusieurs années (4, 5, 6 je ne sais pas exactement), qu’un conflit majeur est inévitable, comme presque toujours, pour marquer le passage de la domination américaine à la chinoise, de l’ouest à l’est et au sud, sur les affaires du monde. Une conviction disais-je, pas une originalité.
Il ne s’agit pas de clamer « je vous l’avais bien dit » mais de reconnaître que de voir cette prédiction se rapprocher - commencer à se matérialiser ? - me terrifie pour la simple raison que je suis convaincu de sa possibilité, de sa probabilité. J’ai moins de doutes auxquels me raccrocher que la plupart.
Je ne me demande pas, en consultant l’actu plusieurs fois par jour (sauf le soir, ça m’empêche de dormir), si c’est le début ou pas de la troisième guerre mondiale - je ne suis même pas certain que ça prendra cette forme là - mais je guette tous les indices de dégénérescence ou d’extension du conflit. Ils sont innombrables. Plus que de chercher des signes, je vois des preuves.
C’est bien trop sérieux pour que je puisse me contenter d’approximations et ça dépasse totalement mes capacités d’analyse.
D’où le silence.
Temporaire par métier, par nécessité, par éthique, par devoir.
Hégémonie
Leur idée c’est de gagner du temps, de prolonger aussi longtemps que possible l’hégémonie américaine pendant qu’il est encore temps.
Trump et l’extrême droite intellectuelle et politique qui a choisi de le porter ont parfaitement compris cela. C’est le coeur de leur stratégie. Ça explique qu’il faut casser le système en place avant qu’il ne soit trop tard pour le préserver.
Idée simple : prendre l’initiative, tout chambouler et voir ce qui se passe.
Dans le meilleur des cas, pour eux, ils gagnent un siècle. Plus peut-être. Au pire ils s’en mettent plein les poches pendant une ou deux décennies. Ça vaut pour les US, pour certains européens et pour pas mal de régimes un peu partout dans le monde.
Suivre la dictature de Pinochet et ses effets sur le Chili m’a mis sur la piste. Avoir décapité une génération d’activistes, préservé les puissants traditionnels et créé une culture de la peur se traduisent par le tout récent retour des siens au pouvoir. Démocratiquement. Horrible succès.
Netanyahou tente de faire la même chose au Moyen Orient et Trump au niveau planétaire.
Ils font tout pour que ça dure aussi longtemps que possible.
Résistance
Ces messieurs font leur boulot… en rasant, détruisant ou massacrant tout ce qui s’oppose à leurs plans.
Leur hégémonie est indiscutable.
Leur puissance - largement dépendante de leur maîtrise des technologies les plus avancées - est telle qu’on est tenté de courber l’échine, de serrer les fesses, d’attendre et de plier quand il le faut face à ce tsunami qui nous menace tous.
Ils compliquent même la fable de La Fontaine selon laquelle « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Facile à comprendre quand le loup s’en prend à l’agneau. Plus complexe quand il s’attaque à des salopards. Mais les méthodes sont aussi brutales et l’avertissement ironique reste toujours valable. A fortiori peut-être. C’est encore plus vicieux.
On comprend que certain.e.s responsables politiques, au Mexique, en Europe, ou au Moyen Orient, par exemple, soient tentés de s’adapter, de céder aux énormes pressions qu’ils ou elles subissent.
Ils et elles font aussi, ou croient faire, leur boulot et, tant que nous ne faisons rien, n’ont aucune raison de se dresser, de prendre des risques.
Mais rappelons-nous ces phrases prononcées dans les années trente du siècle dernier par un pasteur allemand (Martin Niemöller) d’abord favorable au nazisme :
« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour protester. »
Cela vaut aujourd’hui pour toute la planète. Vous saurez, où que vous soyez, trouver les mots, les gens, les peuples, les pays correspondant à la situation qui vous concerne.
Et pourtant, premier pas indispensable, protester n’a jamais suffi.
Il faut résister, commencer à résister. Ici, partout, tout de suite, toujours.
À nous tous de trouver comment, d’innover quand il le faut, les un.e.s avec les autres.
Je suis convaincu - comme je l’étais de l’arrivée de cet inéluctable embrasement - que c’est le meilleur chemin, la meilleure attitude, j’oserai même dire le pari le plus sage pour écourter cette hégémonie destructrice qui menace la plupart d’entre nous pour bien plus qu’une génération si nous ne faisons rien.
« Indignez-vous ! » disait à juste titre Stéphane Hessel en 2010.
Les temps changent.
Résistons-leur !



Il me semble que la nouvelle et quasi-unique forme de résistance possible, c’est la mobilisation collective contre les tenants économiques de ce néo-fascisme : géants de la Silicon Valley et compagnies pétrolières notamment. Sans un boycott de consommation massif des produits et services de ces instigateurs de chaos, rien ne se passera. Face à ce boycott, leurs intérêts vitaux menacés, c’est eux qui renverseront la table des cercles de pouvoirs politiques.
Il s’agit aujourd’hui faire du judo : utiliser la force de son adversaire pour le mettre à terre.
En effet, merci pour cet appel teinté d'inquiétude. De multiples voix s'élèvent pour résister, comme celle de Salomé Saqué (qui a écrit « Résister », précisément). Pour ma part, je crois essentiel de retourner le miroir — celui de nos smartphones dans lesquels nous contemplons nos égos. Tournons-le et tournons-nous vers les « autres », en nous ouvrant à leur altérité, à leur étrangeité. Ce sont nos différences qui nous enrichissent. Car valoriser à outrance nos identités nous piège dans des bulles excluantes qui finissent par éclater. Le simple fait d'accepter que les autres ne pensent pas comme nous pourrait nous vacciner contre ces notions néfastes de pureté et de certitude face à l'étranger — et donc contre les conflits. C'est parce que nous percevons et acceptons nos décalages que nous pouvons nous reconnaître et nous enrichir mutuellement. Tout commence par le regard que je porte sur l'autre. La résistance ne devrait-elle pas commencer là ? Par exemple sur www.strangers.now (aussi sur Substack). C'est de l'anti-selfie.